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Deux bagues

« Ma moune,

Je ne t’ai encore jamais écrit sous forme de lettre, de cette manière. Mais en ce moment, j’ai tellement besoin de te parler… Je ne pense qu’à ça, j’ai terriblement besoin de toi. Le temps passe et le manque ne s’estompe pas, je ne sais pas s’il pourra un jour se réduire et ça prend des proportions qui me consument…

8 mois déjà.
8 mois qu’il ne me reste que de toi deux bagues aux doigts… des nuits blanches ou remplies de cauchemars et beaucoup d’angoisses. Tu sais, je crois que je suis devenue la personne la plus trouillarde que je connaisse. Moi qui n’avais peur de rien, qui croquais la vie, qui répétais chaque jour que j’étais la personne la plus heureuse du monde… J’ai l’impression de ne plus savoir qui je suis.

Ça fait 8 mois que tout a basculé, qu’on est dans le tri, l’administratif, les formalités, les cartons, 8 mois qu’on encaisse tout, qu’on reste en vie mais qu’on est complètement brisé. On a passé les étapes « techniques » mais on a oublié qu’il fallait qu’on se reconstruise et que c’était ça la priorité. 8 mois qu’il faut tout réapprendre. Des trucs les plus fous aux trucs les plus cons (comme ne pas t’appeler à chaque fois que je prends la voiture, ne pas te mettre de côté les produits que je reçois et que tu adorerais, dire « chez mon père » au lieu de « chez mes parents »…).

J’ai l’impression d’être anesthésiée, comme si mon corps avait tout ressenti trop fort dans le négatif, la peine, la douleur. Tout a été déchiré. Et depuis je ne ressens plus grand-chose… À part un cœur que je sens battre trop violemment. Tout est fade que ce soit les couleurs, la nourriture, je suis dans un monde parallèle, je me regarde vivre.

J’ai voulu fuir, car c’est la solution de facilité. Ça fait 8 mois que je voyage sans cesse. Ibiza, les Canaries, St Tropez, le Mexique, la Grèce, Sainte Lucie, Las Vegas, Londres, Hollywood, les Alpes en France & Italie, et Paris des dizaines de fois… Il m’est arrivé sur un vol long-courrier de regarder le petit avion se déplacer pendant 2h sur mon écran. Je fixais la carte… Et je me demandais où je pourrais aller pour être apaisée, ce que cherchais, ce que j’espérais trouver en parcourant le monde… Parce que j’aurai beau aller partout, traverser la planète 100 fois, rencontrer les 7 milliards d’êtres humains qu’il existe, personne ne sera toi.

J’ai pleuré comme un bébé pendant que tous les passagers dormaient, en me demandant à quel moment j’allais trouver la force d’accepter que… je ne te retrouverai jamais.

Ce jour-là, je crois que j’ai paniqué, j’ai voulu stopper les voyages, j’ai pris 2 mois off en étant déterminée à affronter la réalité, à retrouver « ma vie » et mes proches. Mais ça a été pire encore… Parce que j’ai réalisé que ma vie ne serait plus jamais la même, que nos 4 appels par jour ne reviendraient jamais, que ton rire ne résonnerait plus dans la maison, que nos dimanches en famille étaient loin.

Puis on a passé Noël, le nouvel an, la date de l’anniversaire de mamie, l’anniversaire de papa, mon anniversaire et la Saint Valentin. Un bon début d’année de merde ! On a serré les dents. Mais pas sans mal…
J’ai fait n’importe quoi. J’ai cru qu’il fallait que je ressente à nouveau des choses. Mais pas seulement le négatif si intense, je voulais le positif aussi fort. J’ai cherché des moyens. Par les voyages à nouveau, la bouffe, l’alcool, les sorties, les médicaments, les rencontres…. Évidemment si tu me vois de là-haut, tu sais déjà à quel point aucun rien n’est efficace… Ne t’inquiète pas, j’ai encore le recul de le savoir aussi.

Mais j’ai beau le savoir & être lucide, le constat de tout ça c’est que je suis complètement perdue, je ne sais pas quoi faire. Je frise la bipolarité entre instagram et ma vraie vie. Moi qui déteste les filtres, qui déteste mentir, je suis obligée de jouer la comédie, de retoucher mes cernes, mes yeux gonflés, je me maquille pour rectifier mon teint et j’affiche une putain de tête d’emoji heureux pour faire croire aux gens, mais surtout à moi-même, que je suis encore heureuse.

Je n’ai jamais autant souffert que ces 8 derniers mois.  Mais comme tu disais souvent « c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur ». Et je suis devant. A moi de décider comment avancer.

Je pars à Vienne avec papou et ensuite  au Cambodge avec Jehane rejoindre Servane pour deux semaines. Je compte beaucoup sur ce temps que j’aurai là-bas, loin de tout, pour me poser, faire des choses pour moi, vider mon sac, profiter de mes amies, et j’espère y voir plus clair en rentrant. Je sais que tu ne sera pas loin, tu me l’as assez prouvé. Tu me manques… »

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7 Commentaires

  1. 11 mars 2020 / 11 h 16 min

    Ta lettre est bouleversante … Je ne sais que dire après une telle déclaration.
    Elle est et sera toujours là, comme toutes les personnes qui sont partis trop tôt ❤️

  2. Mathilde
    11 mars 2020 / 11 h 23 min

    Je t’aime mon Amour. Tu sais ce que je pense et ressens…

  3. 12 mars 2020 / 20 h 06 min

    Courage à toi, c’est tellement difficile comme moment de vie … <3

  4. Marie
    3 avril 2020 / 19 h 25 min

    Bonsoir Nolween

    Je suis très émue en lisant cette lettre… comme je te comprends; ma petite maman n’est plus là depuis 4 ans maintenant, la 1iere année est la plus rude, toutes les 1ieres fois « sans », et puis la vie nous apprends à vivre ainsi. il y a un avant et un après, tu te sentiras plus forte de mois en mois, crois moi. Il n’y a que le temps qui peut diminuer la peine… Accroches toi, sois forte, elle sera toujours près de toi

  5. Lise
    26 mai 2020 / 22 h 32 min

    Tes mots m’ont boulversé… j’ai moi aussi perdu ma maman très jeune, 20 ans.. et ça fera donc bientôt 5ans.. tout ce que tu ressens je l’ai ressenti.. j’ai l’impression d’avoir deux vies complètement différente, celle d’avant et celle d’aujourd’hui
    Je t’envoie tout mon courage

  6. Catherine
    21 juillet 2020 / 22 h 56 min

    Tes mots sont bouleversants, parfois bien trop difficile à lire lorsqu’on se trouve dans une situation similaire. Ce sentiment de ne plus être à notre place, de ce vide qui ne se comblera plus jamais quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse.. Je sais ô combien ces semaines, mois et années loin de nos êtres les plus chers sont difficiles. Hélas, seul, le temps peut tenter de cicatriser artificiellement nos maux. Une chose est certaine, elle sera toujours présente à tes côtés quoique tu fasses. Profite de chaque instant comme si cela venait à être le dernier, de là haut, ta maman ne pourra qu’en être fière.

    Nous nous connaissons pas, mais je t’adresse tout mon courage dans cette période particulièrement compliquée.
    Sache que tu as la chance d’être très bien entourée de ton papa et de tes ami(e)s. C’est le plus important aujourd’hui.
    Bon courage.

  7. Emmanuelle
    10 novembre 2020 / 19 h 43 min

    Nolwenn, je te suis sur Instagram et je viens de tomber un peu par hasard sur cet article. Je me suis retrouvée dedans, moi aussi j’ai perdu ma mère jeune, à l’âge de 23 ans, et c’était il y a 7 ans déjà. Il n’y a pas si longtemps encore je me suis dit que j’avais encore du mal à dire « je vais chez mon père » plutôt que « chez mes parents », même des années après ça reste compliqué.
    Le temps apaise la douleur, on apprend à vivre différemment et avec le manque, mais on n’oublie pas. On oublie jamais.
    Petite « anecdote » : la fois où j’ai changé de téléphone (c’était plusieurs années après le décès), j’ai du rentrer tous mes contacts téléphoniques manuellement, puis je suis arrivée à la lettre M pour maman. Tu te sens seule dans ce genre de moment : est-ce que je recopie le contact car je n’arrive pas à me résoudre à le faire disparaître de mon répertoire téléphonique ou est-ce que je ne le recopie pas en sachant très bien qu’il ne sonnera jamais et j’arrache le pansement en quelque sorte.
    Des choses bêtes du quotidien que ceux qui n’ont pas connu ne peuvent comprendre…

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